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Bernard Lang, scientifique engagé
Directeur de recherche à l'INRIA, Bernard Lang fut à l'avant-garde du HTML et du XML. Son engagement et son combat se sont par la suite portés sur les logiciels libres et les brevets logiciels. Portrait d'un homme influent.   (08/07/2004)
HIGH TECH

 Ces français d'influence
Aficionado de l'Internet des premières heures, curieux invétéré, passionné par les logiciels libres et fervent opposant aux brevets logiciels notamment, Bernard Lang fait partie de ces personnalités françaises qui se battent pour leurs idées et qui - malgré les difficultés et les embûches - parviennent à les faire entendre d'une manière ou d'une autre.

Directeur de recherche à l'INRIA (Institut national de la recherche en informatique et en automatique), l'homme de sciences est diplômé Telecom (aujourd'hui devenu l'ENST), l'année où tout aurait pu basculer en France (1968). Résolument attiré par l'informatique, il effectue une année de spécialisation - dispensée par des spécialistes revenus des Etats-Unis - à Sup Aéro, avant de rejoindre Harvard, grâce à une bourse, pour y poursuivre son apprentissage de la discipline. Rappelé en France pour des raisons militaires, il ne pourra pas y réaliser de thèse.

Le scientifique a ses domaines de prédilection : langages de programmation et analyse syntaxique ; gestion dynamique de la mémoire ; requêtes récursives sur bases de données relationnelles. Il travaille dès 1973 sur le projet Mentor, puis sur le projet Centaure relatif à l'édition structurée de programmes qui débouche sur le premier système d'édition interactive de documents structurés.

"On se disait que ce serait utilisable dans 20 ans et - en 1994 - tout le monde faisait du HTML. Le spécialiste XML de Microsoft - Jean Paoli - a d'ailleurs été formé par notre équipe. Il y avait une très grosse expertise en France, mais c'est aux Etats-Unis que cela s'est développé. Les directions que nous avions choisies ont été reprises - à Grenoble notamment - mais c'est Microsoft que nous avons aidé au final, à mon grand désespoir", commente Bernard Lang.

"On se disait que nos recherches seraient utilisables dans 20 ans..."
Bernard Lang garde au fond de lui un autre regret. Au début des années 1980, ses travaux sur l'analyse des types dans les langages de programmation ne trouvent pas preneur, ils essuient un refus de publication. Belle revanche : ils viennent d'être publiés cette année.

Au milieu des années 1980, l'homme effectue son premier saut de puce : il change de communauté, s'intéressant de plus en plus aux applications linguistiques en rapport avec l'analyse syntaxique. Il investit alors de nouvelles sphères, celles du traitement automatique du langage naturel. En 1993, après avoir suffisamment acquis de savoir et d'expertise, il crée une équipe dédiée, à Rocquencourt.

A la fin des années 1990, second saut de puce : il abandonne le génie logiciel pour les logiciels libres. "J'ai installé Linux pour la première fois sur un PC en 1994, alors que Windows s'installait partout et que c'était selon moi un très mauvais environnement de travail pour un chercheur. Ce qui m'inquiétait, c'est que les gens autour de moi disaient qu'il n'y avait pas d'autre choix. Cela me choquait que le monde se réduise à une seule chose, la diversité des environnements est essentielle dans mon travail. C'est peut-être aussi mon côté 'écolo' qui ressort, qui dit que la diversité est essentielle pour l'évolution et la créativité", note le chercheur.

Sa direction lui répond alors que la progression de Windows est inéluctable mais que s'il a envie de s'intéresser aux logiciels libres, il peut le faire, pourvu que son action contribue à créer une dynamique économique. Son premier article sur le sujet date de 1996, lors d'une présentation au sommet francophone qui a lieu à Hanoï.

"Je fais beaucoup de travail d'information, souvent informel"
"L'accent a toujours été mis sur la compréhension des impacts des logiciels libres au plan économique : création d'emplois, maîtrise technologique, contrôle de la culture, préservation de l'autonomie des Etats, etc. Au fur et à mesure, les motivations personnelles ont laissé la place à une vision plus objective et analytique", ajoute Bernard Lang.

Pour parvenir à ses fins, le chercheur met en oeuvre toute sa force de persuasion et fait feu de tout bois : participation à des groupes de travail au Commissariat général du plan et à de multiples conférences (dont celles des rencontres parlementaires sur la société de l'information et de l'Internet), exposés en entreprise, échanges avec les responsables politiques, contribution à la Commission Beaussant en 1997 (dont l'objectif était d'élaborer un "code de bonne conduite" Internet), etc.

"Je fais beaucoup de travail d'information, souvent informel. Parfois, notre travail porte ses fruits, comme récemment avec Jean-Pierre Raffarin, qui a déclaré que la France devait réaliser des économies en utilisant de la bureautique libre. J'essaie d' avoir un discours que les gens peuvent comprendre, au delà de la sphère scientifique. Je crois que j'ai participé à poser certains problèmes qui ont par la suite lancé des discussions. Mon métier est aussi de vulgariser pour mieux sensibiliser les entreprises", complète Bernard Lang.

Le scientifique a par ailleurs participé, avec d'autres, à la création de l'AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres). "La gestation a été longue et difficile. Il fallait trouver les bons partenaires et une ligne directrice. Le logiciel libre n'est en effet pas une idéologie de gauchiste, ce sont des utilisations concrètes et d'ordre économique", explique M. Lang.

"Les relations d'autorité, c'est intenable dans le domaine scientifique"

Et en ce moment, les débats sur la brevetabilité des logiciels lui hérissent le poil : "la France est en train de se tirer une balle dans la tête. Les brevets avantagent les gros et les gros, c'est pas nous. On raisonne comme s'il fallait protéger les grosses industries françaises mais la grosse industrie est apatride, elle se déplace dans les pays qui lui sont favorables : Chine, Inde... Les PME, en revanche, restent sur place... La France est mal partie avec les brevets", regrette Bernard Lang qui cite Lawrence Lessig, professeur de droit constitutionnel à Stanford, pour qui les technologies de l'information sont aussi structurantes que la constitution d'un pays, donc un véritable outil de pouvoir.

Dans un cadre purement professionnel, ce touche-à-tout des idées n'est pas un fanatique des relations hiérarchiques, par tempérament. "Je ne suis pas un manager. La hiérarchie sert à s'organiser mais les relations d'autorité, c'est intenable dans notre domaine. Le métier de scientifique n'est pas un métier d'exécutant, il faut être un peu son propre maître, même si quelqu'un fixe les grandes orientations. J'ai toujours joui d'une très grande liberté et j'ai appliqué ce principe à mes collaborateurs. Si vous croyez à quelque chose, il faut vous battre pour continuer. C'est un peu un métier d'artiste, de créateur, vous êtes constamment remis en cause, jugé par vos pairs, par votre public", reconnait Bernard Lang.

Le précédent portrait : Pierre Haren :: La semaine prochaine : Marc Fleury

 

Fabrice DEBLOCK, JDN Solutions
 
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