Version 3

apres prise en compte de remarques et corrections de Jean-Claude Guedon.

Voici une nouvelle version, un peu améliorée du point de vue du style, et contenant moins d'erreurs syntaxiques (mais je ne vois pas l'orthographe ou les accords).

J'ai ajouté des references, et une citation qui me semble appropriée (mais non indispensable).

J'ai mis des references a des pages web contenant des illustrations possible. Il vaut mieux ne pas ennuyer les auteurs en leur demandant l'autorisation ... ils ont d'autres chats a fouetter, et ils sont par principe d'accord, sinon ils s'occuperaient d'autre chose.

Je peux ajouter des notes explicatives de certains termes si necessaire

(code source par exemple).

Le texte fait environ 11 000 signes en comptant la ponctuation, les espaces et les passages a la ligne.... soit moins de 10000 en ne comptant pas les espaces.

Je comprends qu'il est parfois nécessaire d'amender le texte, mais je souhaite que mes titres ne soient pas changés.

Bien cordialement

Bernard Lang

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Les logiciels libres

Au cours de l'avant-dernier été de ce millénaire, une chose étrange s'est produite sur les marchés boursiers des Etats-Unis : l'introduction au Nasdaq de la société Red Hat qui commercialise un produit, le logiciel système Linux, que tout un chacun peut aussi bien se procurer gratuitement sur l'Internet. Introduite fin août 1999 à 14 dollars, l'action est 3 mois plus tard à 236 dollars et la société Red Hat se présente dans les média comme le David qui abattra le géant Microsoft. Ce succès financier s'appuie sur un mouvement social et technique ancien, mais qui, dynamisé par l'Internet, n'a émergé que récemment aux yeux du public avec des allures de lame de fond : les logiciels libres.

Une histoire de liberté

1969 fut une année faste. Année de naissance de l'Internet, ce fut aussi celle de la naissance d'Unix aux Laboratoires Bell de la société ATT. Créé par Ken Thompson et Dennis Ritchie, ce qui leur valu le prix Turing en 1983, Unix était le premier système d'exploitation des ordinateurs facilement portable sur des machines diverses. Il était écrit dans un langage symbolique général, le langage C, au lieu des « langages machines » ou « assembleurs », spécifiques de chaque ordinateur, qui étaient habituellement utilisés à l'époque.

Le lien entre le système Unix et l'Internet est profond. Tout d'abord, comme le soulignent Michael et Ronda Hauben dans Netizens, un livre dédié à l'idéologie de l'Internet, l'une des motivations du développement des systèmes à partage de temps, dont Unix reste l'exemple le plus achevé, était de pouvoir faire de l'ordinateur un noeud d'échange et de coopération. Le développement de l'Arpanet, puis de l'Internet, d'ailleurs encouragé par les mêmes acteurs institutionnels américains, participait également de cette philosophie pronée par des pionniers comme John von Neumann, Joseph C.R. Licklider et Robert W. Taylor. Flexible et rapidement disponible sur des architectures variées, Unix devint aussi rapidement l'environnement de prédilection pour le développement des composants logiciels de l'Internet, et le reste à ce jour.

Puissant monopole américain des télécommunications, ATT était à l'époque interdit d'activités commerciales dans le secteur informatique en raison des lois anti-trust. N'étant pas une ressource commerciale essentielle pour son propriétaire, le logiciel Unix et le code source servant à son développement furent assez facilement mis à disposition des universitaires et des experts informaticiens. Et, compte-tenu également de la portabilité du système, il se développa rapidement une communauté ouverte de professionnels échangeant librement idées et réalisations, collaborant, évaluant, améliorant ou reprenant les travaux de leurs pairs, comme il est de tradition dans la recherche scientifique. Les années 70 et 80 virent ainsi s'epanouir une floraison de contributions au système et à la science informatique en général. Facilitant les communications et les échanges de logiciels, et étant lui-même développé dans l'environnement Unix, l'Internet fut un facteur décisif de cette éclosion.

L'Internet est constitué d'un ensemble de protocoles de communication et de gestion de la structure du réseau, implémentés par des logiciels spécifiques. La standardisation des protocoles assurée par l'action consensuelle de l'IETF, et le caractère public - du au financement public - des logiciels qui les réalisent ont assuré, comme pour le système Unix, une activité de recherche ouverte, libre et efficace. Le succès sociologique et technique - et maintenant économique - de l'Internet est la conséquence directe de cette situation.

La montée du protectionnisme

Vers la fin des années 70, les ordinateurs qui étaient rares et chers et peu puissants deviennent nombreux, bon marchés et de plus en plus puissants. Les logiciels, qui étaient souvents livrés avec les machines ou développés à la demande, deviennent des produits commerciaux indépendants, de complexité croissante, sur le marché grandissant créé par la diffusion de ces machines bon marchés. Les deux décennies qui suivent voient donc l'émergence d'une nouvelle industrie, de plus en plus puissante : les éditeurs de logiciels. Cette industrie repose sur une idée assez simple : comme toute oeuvre le logiciel appartient a celui qui le crée. Ce dernier peut donc le vendre en en contrôlant la dissemination, avec des bénéfices d'autant plus grands que le coût de chaque nouvel exemplaire est pour lui quasi nul : il suffit de faire une copie. Mais copier est interdit à tout autre.

Pour se préserver de la concurrence, les entreprises d'éditions prennent l'habitude de cacher leur techniques de création et production des logiciels, c'est-à-dire les codes sources des programmes, seuls lisibles par les programmeurs, ainsi que la documentation qui les explique. L'effet sur l'évolution du système Unix est dramatique. Alors que son évolution était restée pendant dix ans relativement homogène, on assiste à une balkanisation croissante du système due à la création de versions concurrentes et complètement privées, interdites de retouche aux programmeurs [1]. Bien entendu, cette balkanisation a aussi un coût lié à une incompatibilité croissante des versions, et surtout au désengagement progressif de la communauté des chercheurs et techniciens qui sont exclus par cette propriétarisation. Cette balkanisation est considérée comme l'une des raisons de l'émergence et de la domination de l'empire Microsoft.

Programmation et mathématiques

La disparition du libre échange de la matière intellectuelle que représentent les logiciels est ressentie par nombre de chercheurs et développeurs comme une atteinte au fondement même de l'élaboration de la connaissance. Pour mieux comprendre ce sentiment, on peut s'appuyer sur un résultat de logique de H.B. Curry et W.A. Howard [2], dit isomorphisme de Curry-Howard, qui énonce essentiellement qu'il y a identité de nature entre les preuves mathématiques et les algorithmes informatiques. La notion mathématique de proposition ou de théorème correspond, au travers de cet isomorphisme, à celle de spécification pour les programmes.

On imagine la frustration des mathématiciens si on leur disait tout à coup que les théorèmes sont une propriété privée, qu'il faut payer pour avoir le droit de les utiliser et que, en outre, les preuves sont secrètes et qu'ils doivent donc faire confiance à la société commerciale qui a établi une preuve et leur vend le théorème correspondant, tout en indiquant dans la garantie qu'elle ne saurait être tenue responsable des erreurs éventuelles.

La confiance que l'on peut accorder à une théorie mathématique est essentiellement le résultat d'un processus social fondé sur la libre circulation de l'information dans la communauté scientifique : elle se développe par la coopération, la critique, la concurrence, les ajouts et transformations mineurs et majeurs, en étant à chaque étape soumise à l'appréciation et au contrôle des pairs. La preuve mathématique est en théorie un objet rigoureux, mais en pratique si complexe que seul ce processus en garantit la crédibilité. Quant au choix des définitions, c'est autant une question d'utilité, souvent subjective et conjoncturelle, que l'expression d'une nécessité intrinsèque. Il en va d'ailleurs de même pour bien d'autres disciplines de la recherche scientifique, et c'est aussi comme cela que se développent efficacement les programmes informatiques, comme l'a analysé Eric S. Raymond dans son essai « La cathédrale et le bazar » [3].

La revanche des libéraux

Un chercheur du MIT, Richard M. Stallman, prit conscience de ce qu'impliquait à terme la propriétarisation des logiciels. Habitué à faire partager aux autres les fruits de son travail (il était, et reste, un programmeur exceptionnel), il s'aperçut bien vite que des entreprises construisaient leurs produits sur ses programmes, sans le faire bénéficier en retour de leurs améliorations qu'elles gardaient secrètes.

La propriétarisation des programmes, comme des autres oeuvres de l'esprit, est fondée sur le droit d'auteur. Nul n'a aucun droit sur la création d'autrui s'il n'est explicitement spécifié sur un contrat de cession que l'on appelle « licence ». Pour préserver dans l'élaboration des programmes informatiques le modèle de développement de la recherche scientifique, Richard Stallman créa pour ses programmes un modèle de licence, maintenant mondialement connue sous le nom de "General Public Licensë ou GPL. Cette licence accorde au detenteur trois droits fondamentaux, qui caractérisent les « logiciels libres » :

Ces trois droits ont une composante juridique - le fait de les accorder dans la licence - et une composante technique qui consiste à rendre disponibles les informations nécessaires à leur exercice effectif, notamment les codes sources. Mais ceci était déjà présent dans les licences imposées par l'administration fédérale aux projets qu'elle finançait. L'originalité de la GPL consiste en une clause complémentaire, qui impose de réutiliser cette même licence, et de donner les mêmes droits à tous ceux à qui le logiciel est transmis, avec ou sans modification. Ainsi sont garanties la libre circulation des savoirs inclus dans les logiciels et la possibilité pour tous de les améliorer.

Pour concrétiser sa vision, Stallman créa la Free Software Fondation qui entreprit la tâche titanesque, et sans espoir, de développer sous licence GPL un environnement informatique complet, baptisé GNU. La chance de Richard Stallman fut d'avoir rapidement à ses côtés un allié inespéré : l'Internet. L'Internet lui permit de communiquer ses idées et de trouver des collaborateurs. Mais surtout il se révéla un médium d'échange et d'accélération du processus créatif bien plus efficace que ne l'avait été l'imprimé pendant des siècles de développement scientifique. Moins de dix ans plus tard, sur les infrastructures techniques réalisées, le Finlandais Linus Torvalds parachevait l'oeuvre en commençant le développement du système Linux, sous licence GPL, bientôt assisté par des cohortes de chercheurs et de programmeurs du monde entier.

En quinze ans, Richard Stallman a prouvé le bien fondé de sa démarche - qui n'est autre que celle de la recherche scientifique - et de la vision de Joseph Licklider. Le système GNU/Linux et la multitude de logiciels libres qui l'accompagne ont fait la preuve de leurs qualités et commencent à être adopté massivement par les professionnels [5].

La conclusion de cette aventure technologique n'est somme toute guère surprenante. Pourquoi ce qui serait vrai en économie, à savoir que la croissance des richesses serait favorisée par leur libre circulation, devrait-il être faux dans le monde scientifique, concernant la libre circulation des idées et des savoir-faire. Et ce qui s'est révélé efficace pour le développement des logiciels, et probablement pour le développement scientifique en général, peut l'être tout autant pour l'ensemble des activités de création. Enfin permise par l'Internet, la libération des créateurs et des savoirs commence à peine.

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2 References (le livre Netizens est aussi cite dans le texte)

[1] Fear of Forking - How the GPL Keeps Linux Unified and Strong. Rick Moen, Linuxcare, 17 novembre 1999. http://www.linuxcare.com/news_columns/articles/1999/11-17-99.epl Traduction par Jean Peyratout http://pauillac.inria.fr/~lang/libre/reperes/local/GPL-Linux.html

[2] William A. Howard, « The formulae-as-types notion of construction », in To Haskell Brooks Curry : Essays on Combinatory Logic, Lambda Calculus and Formalism, Jonathan Paul Seldin et James Roger Hindley, Academic Press, 1980.

[3] Eric S. Raymond, « The Cathedral and the Bazaar», firstmonday, Vol.3 No.3, mars 1998, http://www.firstmonday.dk/issues/issue3_3/raymond/index.html Traduction par Sébastien Blondeel: http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/

[4] GNU General Public Licence (GPL), Version 2, Free Software Fondation, juin 1991. http://www.fsf.org/copyleft/gpl.html Traduction par René Cougnenc et Manuel Makarévitch http://www.linux-france.org/article/these/gpl.html

[5] Logiciels Libres et entreprises. Bernard Lang, à paraître dans Terminal, Editions L'Harmattan, 2000. http://pauillac.inria.fr/~lang/ecrits/monaco/

Livres ------

Ces livres sont librement disponibles sur l'Internet en totalité ou en partie.

Logiciels Libres - Liberté, Egalite, Business Jean-Paul Smets-Solanes et Benoît Faucon Edition Edispher, 1999, ISBN 2-911-968-7. http://www.freepatents.org/liberty/

Tribune libre - Ténors de l'Informatique Libre Ouvrage collectif. Éditions ÓReilly, 1999, ISBN : 2-84177-084-2 http://www.editions-oreilly.fr/catalogue/tribune-libre.html

Netizens [ peut être référencé dans le texte ] Michael Hauben et Ronda Hauben IEEE Computer Society Press, 1997, ISBN 0-8186-7706-6 http://www.columbia.edu/~hauben/netbook/

Anthologie du libre Olivier Blondeau & Florent Latrive éditions de l'éclat, Perreux, mars 2000, ISBN 2-84162-043-3

Autre références importante concernant l'Internet et le travail coopératif:

In Memoriam: J. C. R. Licklider 1915-1990, Rapport DEC, Août 1990. Contient 2 articles fondamentaux:

  • "Man-Computer Symbiosis" from IRE Trans-actions on Human Factors in Electronics, volume HFE-1, pages 4 11, March 1960.
  • "The Computer as a Communication Devicë is reprinted from Science and Technology, April 1968. http://gatekeeper.dec.com/pub/DEC/SRC/research-reports/abstracts/src-rr-061.html (peut être référencée dans le texte, juste après «... Robert W. Taylor».

    Citation --------

    Indeed, one of my major complaints about the computer field is that whereas Newton could say, "If I have seen a little farther than others, it is because I have stood on the shoulders of giants," I am forced to say, "Today we stand on each other's feet." Perhaps the central problem we face in all of computer science is how we are to get to the situation where we build on top of the work of others rather than redoing so much of it in a trivially different way. Science is supposed to be cumulative, not almost endless duplication of the same kind of things.

    R. W. Hamming -- One Man's View of Computer Science -- 1968 Turing Award Lecture

    Assurément, l'une des mes principales critiques concernant l'informatique est que, alors que Newton pouvait dire "Si j'ai vu un peu plus loin que d'autres, c'est que je me dressais sur les épaules de géants," je suis obligé de dire "Aujourd'hui nous nous dressons sur les pieds les uns des autres." Peut-etre que le principal problème de l'informatique est de comprendre comment construire sur les travaux des autres, plutot que d'en répéter la plus grande part avec des variations triviales. La science est supposée progresser par accumulation, et non dupliquer presque indéfiniment les mêmes travaux.

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    Illustrations vous pouvez les reproduire sans problème, c'est libre (pas même besoin de faire un courrier, d'ailleurs les auteurs n'ont pas le temps de repondre au courrier) Si le nom de l'auteur est connu, c'est gentil de le citer (mais non indispensable si il y a sa signature - ou dans le cas du pingouin, qui est un manchot, car il est connu)

    Vous pouvez egalement les combiner avec autre chose, par exemple une evocation de l'internet en arriere plan... mais dans ce cas n'importe qui aura le droit de reproduire votre dessin modifie (un effet de la GPL)

    >»> Le Gnou (GNU) de la Free Software Fondation

    GNOU philosophe http://www.gnu.org/graphics/philosophicalgnu.html auteur: Markus Gerwinski ,

    GNOU http://pauillac.inria.fr/~lang/aful/PERSO/PICS/gnu-head.jpg Auteur inconnu, dessin fréquemment utilisé

    GNOU et Blaise Pascal «== J'aime bien http://www.gnu.org/graphics/Gnu+Pascal.jpg auteur: Markus Gerwinski ,

    >»> Tux le Pingouin de Linux

    auteur Larry Ewing

    Il y a plein de pointeurs sur: