Deux experts analysent le combat des mastodontes du software contre les logiciels libres et les petites PME innovantes. Un brevet pour tuer Le 15 janvier 1999 |
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Bernard Lang est directeur de recherche
à l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique)
et secrétaire de l'Aful (Association francophone des utilisateurs de Linux
et des logiciels libres). Première méthode: empêcher les logiciels de communiquer entre eux en adoptant, comme l'envisage Microsoft dans son rapport interne «Halloween», des standards de communication secrets, complexes, changeants et surtout, non conformes aux normes internationales. Mais en Europe, il n'est pas interdit de décompiler un logiciel, c'est-à-dire de le décortiquer pour découvrir comment il communique. Deuxième méthode: racheter un concurrent dès qu'il prend de l'ampleur. C'est ainsi que Golive, l'éditeur allemand d'un des meilleurs logiciels de création de sites, a été racheté début janvier par l'américain Adobe, faute de repreneur potentiel en Europe. Mais, dans le cas d'un logiciel libre comme Linux, que peut-on racheter puisque le code écrit par des centaines de programmeurs appartient en pratique à tout le monde? Troisième méthode: utiliser les brevets. Aux Etats-Unis, l'approche a démontré son efficacité depuis plus de dix ans. En protégeant par des brevets l'usage de milliers de techniques anodines telles que le curseur qui clignote sur un écran, la corbeille qui efface les fichiers (pour ne citer que des exemples visibles de l'utilisateur), les grands éditeurs se dotent d'un véritable arsenal anticoncurrentiel. Car il est à peu près inévitable pour un programmeur d'utiliser sans le savoir l'un des cinquante mille brevets logiciels déposés chaque année aux Etats-Unis et au Japon. Une petite société est facilement déstabilisée par le coût de défense d'un brevet ou une attaque en contrefaçon, même injustifiée. A ce jeu, les PME innovantes du logiciel et les auteurs de logiciels libres sont les grands perdants. Même des grands, comme Adobe, créateur d'Acrobat et de Photoshop, s'opposent à ce système qui détourne en actions judiciaires des ressources ainsi perdues pour l'innovation.
Même sans brevets en Europe, l'existence aux Etats-Unis de brevets sur les logiciels reste néanmoins une arme redoutable pour empêcher les myriades de petites entreprises européennes du logiciel et les auteurs de logiciels libres d'exporter leurs produits aux Etats-Unis. Aussi, tout en rejetant le principe des brevets sur les logiciels, il convient de constituer un fonds européen de brevets logiciels déposés aux Etats-Unis et au Japon, utilisé exclusivement pour défendre les intérêts des producteurs européens. Ce serait aussi une façon de démontrer l'absurdité du système de protection des logiciels et de négocier avec nos partenaires une évolution du droit mondial de la propriété intellectuelle plus conforme aux idéaux européens de libre échange, de saine concurrence et de protection du consommateur contre les abus de position dominante. (1) Encyclopædia Universalis 1997 |
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