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A la recherche de la Web attitude
L'expression a été inventée par Bill Gates. Le patron de Microsoft lui consacre même un chapitre entier de son dernier ouvrage.

Par Emanuèle Peyret

Le 9 juillet 1999

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Pierre La Police


Dans le cahier
du vendredi
9 juillet 1999

Le site était trop gay
A la recherche de la Web attitude
L'Art du chemin de traverse
Ouèbes: Participez!
Le maître du faux-sembalnt
Livres en stock
Forum: Les dollars du câble
  epuis le printemps , flotte une assez angoissante question pour tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'Internet, aux nouvelles technologies, à ce monde merveilleux du futur (si Dieu et Paco Rabanne nous en prêtent un après le 11 août) : avons-nous la «Web attitude» telle que décrite et vécue par Bill Gates ? Pas moins d'un chapitre entier,
le 7, dans son dernier opus, le Travail à la vitesse de la pensée, dont l'intitulé est à lui seul passablement angoissant. Le Grand Timonier de l'an 2000, qui a modestement sous-titré son ouvrage : Une vision pour le troisième millénaire, s'est également écaillé les neurones à tenter d'expliquer qu'en gros, dans les dix ans qui viennent, tout va aller très très vite, bien plus qu'au cours du siècle passé, et qu'il y a intérêt à adopter fissa cette «Web attitude».

Le chapitre s'intitule «Adoptez le style de vie Internet» (triste VF), comme jadis vos grands-parents ont adopté le style de vie électrique, soit la télé et l'eau chauffée par la chaudière. D'ici à dix ans, «la majorité des Américains aura adopté le style de vie Internet»,ce qui signifie apparemment en langage gatesien : se connecter au Web pour avoir des nouvelles, apprendre, se divertir, communiquer, payer ses factures, causer à son docteur, trouver le rapport Starr avant tout le monde, voir Sojourner sur Mars et autres manifestations fascinantes du monde de demain.

La Web attitude, ce sera aussi de petits ordinateurs portables qui transmettront la liste de courses envoyée par l'épouse. Car si les dix prochaines années semblent familières au visionnaire Gates, les trente dernières du féminisme lui sont apparemment passées sous la frange...

Ce sera encore les membres de votre famille utilisant le vote électronique pour sélectionner des dizaines d'activités possibles pour la prochaine réunion dans les Vosges : péter un maximum pour éloigner les mauvais esprits, boire comme des trous pour emmerder m'sieur Roussel, le voisin, bref, autant d'idées marrantes qui peuvent surgir en cas de fest-noz.

C'est encore, poursuit Bill, parler avec sa télé, ce qui, en soi, est assez satisfaisant intellectuellement.

Bref, cette «Web attitude» reste bien mystérieuse, quand son ancêtre, la Rock'n roll attitude chantée par un autre prophète, on a nommé Johnny H. , semblait infiniment plus claire.

Aussi ne restait-il plus qu'une solution : demander, en guise de devoir de vacances, à ceux (la liste n'est évidemment pas exhaustive) qui se préoccupent de l'Internet en France et ailleurs, ce microcosme actif et pensant, ce que signifiait pour eux la «Web attitude». Certains ont décliné, d'autres ont demandé des précisions sur la pensée gatesienne, très nombreux sont ceux qui ont confessé ne pas avoir lu l'ouvrage. On ne peut pas leur en vouloir .

   

«Web attitude»: l'avoir ou pas?
Réponses sérieuses, esquives élégantes
ou pieds de nez caustiques de ceux qui «pensent » l'Internet.

Valentin Lacambre
fondateur de l’hébergeur
Altern
ça doit être un concept cathodique???

Meryem Marzouki,
présidente d’
Iris (Imaginons un réseau Internet solidaire)
Rien.

Louis Pouzin
informaticien à l’origine du projet français Cyclades, concurrent de l’Internet à ses origines

Pardon? Vous parlez de la oueb béatitude? C’est une sous-culture qui s’est développée sur l’Internet, comme un champignon. Elle est très contagieuse, mais pas très vénéneuse. Elle peut même être délicieuse, si on arrive à trouver les bonnes espèces. Il faut évidemment beaucoup de patience et un certain flair, car de nombreuses variétés banales ou franchement mauvaises se parent d’images chatoyantes. Comme bien d’autres, la société va la digérer et en faire un plat du jour, plus ou moins réchauffé. Nous sommes encore au stade du défoulement primaire où les giga-windoses de graphismes ne distillent que des nano-doses d’information.

Daniel Kaplan
consultant informatique, membre de l’
Internet society France
Dans la terminologie Web attitude, il y a l’idée que le Web forge notre attitude vis à vis de la vie, ou que nous définissons cette attitude par le Web. Je crois, j’espère, que c’est généralement faux et que ça le deviendra de plus en plus, à mesure que l’usage du réseau se banalisera. Si je peux me différencier du commun des mortels par l’usage que je fais du réseau, c’est notamment parce que ledit commun n’accède pas audit réseau…
L’Internet, le Web, ne structurent pas les comportements: ils ne sont que des outils qui permettent à des attentes sociales de s’exprimer. S’il n’y avait pas depuis longtemps l’envie de casser les structures hiérarchiques, le sentiment que l’échange d’informations est plus productif que la rétention, la conscience que l’information est devenue (à côté du capital et du travail) un facteur de production à part entière, Tim Berners-Lee n’aurait tout simplement pas dépensé ses subventions de recherche à inventer le Web, ou bien l’invention serait restée confinée au CERN (laboratoire européen pour la physique des particules, à Genève, où le Web a été inventé, ndlr), et on aurait parlé d’autre chose.
Le Web permet à ceux qui le désirent de transformer profondément leur manière de travailler. Ce n’est pas une «attitude», mais toutes mes recherches d’information commencent sur le Web, beaucoup d’échanges passent par le Web et tous mes articles y sont publiés. Je suis connecté plusieurs heures par jour, mais rarement longtemps: à chaque besoin, chaque question, sa connexion.
Je suis plus dubitatif sur les usages privés en dehors de contextes associatifs ou «communautaires». Pour la lecture, la culture, les loisirs, la consommation…, les usages «offline» me semblent encore infiniment plus riches (et je confesse que pour de nombreux besoins pratiques et simples, j’ai encore recours au Minitel). Cela changera sans doute, mais si, et seulement si, pour les gens normaux, il ne s’agira pas d’un «Web lifestyle», mais d’un Web au service du style de vie choisi par chacun. Tant qu’on croira que c’est à l’outil de changer les gens, on se trompera sur l’outil et sur ses applications.

Grégoire Clémencin,
producteur chez
Yahoo! France
«La Web attitude? Il n’y a pas un petit (tm) ou (c) qui accompagne le terme? :)
C’est l’outil qui, petit à petit, permet à chacun de trouver son rythme dans l’exécution des tâches ordinaires de chaque jour, à l’opposé de la situation «réelle» où on les subit pour des questions d’horaires, de disponibilité des personnes ou d’éloignement géographique. Le Web me paraît en effet s’humaniser de plus en plus, avec tous les bons et sans doute aussi un peu des mauvais côtés de la chose!

Jean-Christophe Le Toquin
délégué permanent de l’
Association des Fournisseurs d’Accès
Pour moi, c’est s’échapper du cérémonial et de la hiérarchie, pour paraître directement tel que l’on est, ou tel que l’on s’aimerait. Ceci dit, il s’agit peut-être plus d’une «mail attitude» que d’une «web attitude», et ça n’est pas une protection contre les malentendus. Pour l’instant, les accros d’Internet avec lesquels je travaille ne m’ont pas paru subir de mutation comportementale particulière, ils continuent même à parler à des gens qui ne se sont jamais connectés à Internet. Si, si…

Christian Scherer
haut-fonctionnaire créateur du web
adminet
«Difficile de répondre… Manifestement, Bill Gates a eu un problème avec l’Internet, car il a eu de la peine a comprendre comment faire de l’argent avec.»

Bruno Giussani
éditorialiste en ligne sur le site du
New York Times
Je n’ai pas ressenti le besoin irrépressible de lire l’opus gatesien, je ne sais donc pas ce qu’il en pense. Ma propre Web attitude est plutôt une façon de voir le monde avec mille lunettes différentes, de laisser libre cours aux idées et aux projets, et d’inclure dans ce flux le plus possible de monde.

Bernard Lang
directeur de recherches à l’INRIA (Institut national de la recherche en informatique et en automatique)

N’ayant pas lu le dernier opus de M. Gates, j’ignore ce qu’il peut vouloir entendre par ce terme. L’Internet et le Web ne peuvent s’appréhender que par une expérience vécue, et j’imagine mal M. Gates avoir le temps de vivre cette expérience. Propos d’ethnologue en chambre, qui dit tout sur un peuple et un pays qu’il n’a ni rencontré ni visité. Le Web, c’est la vie (sans doute une manifestation de cette vie qu’étudie la mêmetique (http://maxwell.lucifer.com/virus/alt.memetics/). Un foisonnement anarchique d’idées et de ressources, qui apparaissent et disparaissent, se combinent, s’entrecroisent et s’enrichissent, sans aucun contrôle apparent ni même possible, et qui pourtant s’auto-organisent et se structurent, se développant pour le bénéfice de tous. De même qu’il ne saurait y avoir de contrôle centralisé de la vie, il ne saurait y en avoir un pour le Web. La Web attitude, pour moi, c’est donc de laisser cette vie se développer librement, de favoriser ce développement, d’apprendre à en tirer des ressources et à y contribuer quand c’est possible. On vit avec le Web comme avec les éléments, sans s’y noyer mais sans jamais le maîtriser.
Si Gates confond le Web et l’Internet, c’est sans doute une manifestation de son ignorance du sujet. Non pas ignorance technique (bien évidemment), mais ignorance sociologique du rôle et de l’usage des multiples facettes de l’Internet. L’Internet est un espace d’échange, de communication, de confrontation et de collaboration, ce que le Web ne saurait être car il ne sert pas à la communication directe entre les individus, comme le permettent nombre de protocoles de l’Internet, courriel, liste de diffusion et news (forums) en particulier.
«L’attitude Internet», c’est l’ouverture d’esprit et la tolérance (car on est en liaison directe avec des cultures souvent différentes), et c’est aussi ne pas hésiter à faire appel aux autres (il y a toujours quelqu’un, quelque part qui connaît la réponse à votre problème) et bien sûr, en contrepartie, c’est répondre aux demandes des autres internautes.
C’est d’ailleurs ce que je voulais illustrer avec le dessin ascii (ascii art en anglais) de ma signature. Au début le dessin était simplement
\o/
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ce qui était une manifestation de désarroi devant l’immensité ingérable de l’Internet où je me noyais. Puis j’ai appris qu’il y avait toujours de l’aide quelque part, quelqu’un prêt à porter secours, et que je pouvais moi-même le faire à l’occasion. D’ou l’adjonction du nageur qui vient à l’aide.

,_ /\o \o/
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L’Internet, c’est un changement de la relation entre l’homme et la communauté humaine.
J’arrête avant de faire trop de grandes phrases :-)

Alain Simeray
rédacteur en chef de
LMB ACTU, hebdomadaire d’information sur Internet du CNRS (Centre national de la recherche scientifique)
«La Web attitude, c’est de penser à son lecteur, quel qu’il soit et où qu’il soit. C’est d’avoir le souci de rester accessible et lisible par le plus grand nombre. C’est nécessaire pour éviter cette forme d’exclusion technologique qui réserve un site aux seuls possesseurs du Navigateur Explosaure 6.0, sur un ordinateur rapide capable de lire les amusettes technologiques en un temps record.
C’est également rentable: une étude récente de Zona Resarch estime que l’incapacité des internautes qui ont (encore) un modem 14,4 Kbps à charger une page en 8 secondes, correspond à une perte de 73 millions de dollars par mois pour le commerce électronique. La Web attitude, c’est de partager l’information, en publiant ou en reliant les chapitres du grand livre.

Bruno Oudet
président de l’
ISOC France (Internet society, association de promotion et développement de l’Internet)
Je ne sais même pas ce que Bill Gates appelle Web attitude. En revanche, je crois qu’il y a concordance entre «l’Internet attitude» des pionniers et la percée des logiciels libres.

Jean-Pierre Cloutier
créateur du site d’information canadien les
Chroniques de Cybérie
En fait, Bill Gates parle de Web workstyle et de Web lifetstyle, soit une intégration transparente et efficace des ressources du Web dans les activités quotidiennes. La Web attitude peut se résumer dans le réflexe acquis d’utiliser le Web au travail ou encore dans le petit quotidien. J’ai en tête de mes signets de travail, entre autres, le Dictionnaire universel francophone en ligne de Hachette (DUFEL) et le Recueil terminologique de l’Office de la langue française qui sont deux outils d’écriture purement Web. Il s’agit, dans l’optique de Bill Gates, de développer ce réflexe Web. Mais remarquez que le patron de Microsoft n’a rien inventé à cet égard. De plus en plus de ressources sont disponibles, de plus en plus de gens sont branchés, il y a seulement déplacement graduel de priorité de la première ressource consultée, de la ressource traditionnelle vers la ressource Web. Il est est de même pour les services bancaires et financiers, le commerce électronique, et de plus en plus (on ne sait si c’est un mal ou un bien) pour les consultations médicales par exemple.

Marie-Christine Levet
directrice du portail
Lycos France
Vaste question!!! Andy Wharhol disait: “Chaque individu connaît un jour ses quinze minutes de gloire.” La Web attitude, c’est justement atteindre grâce au Web une certaine universalité dans l’espace et un peu de gloire!! C’est avoir plus de visites sur sa page perso que certains sites de presse avec pignon sur rue, c’est voir sa petite start-up valorisée par les marchés financiers plus que certains mastodontes industriels, c’est aussi investir l’argent que l’on n’a pas encore levé.

Joël Bloch
responsable du site
PSYCHO’net .
La Web attitude me fait penser à l’état dans lequel le Web laisse les gens qui s’y connectent. En fait, beaucoup plus dans la manière dont l’internaute aborde le Web et surtout la place qu’il confère à ce réseau/machine. Mais la Web attitude peut aussi s’apparenter à la manière dont le Web vit la tentative de l’Homme de l’accaparer…


Jean-Pierre Balpe
hyperécrivain, dernier ouvrage paru: «la Toile»,
Cylibris éditions
«Je n’ai pas lu l’ouvrage de Bill Gates que je ne considère pas comme un grand penseur contemporain. Je ne suis jamais en vacances parce que le Web est partout, même lorsque je ne suis nulle part comme par hasard au bord d’une quelconque piscine, sur un vélo le long d’une route sans importance (de préférence quand même à l’ombre) ou dans l’anonymat multiple d’une foule à la réalité très augmentée et donc trop peu virtuelle.S’il y a une Web attitude, elle ne peut, par définition, être que théorique, donc indéfinissable parce que changeante et insaisissable. Et moi-même, d’ailleurs, je me demande souvent en quoi elle consiste. Multiculturelle, transfrontalière, labyrinthique, chaotique, impulsive et irrationnelle, ce n’est peut-être qu’une façon contemporaine de se moquer du trop plein de sérieux du monde ou du moins de jouer à saute législations et conventions. Ce qui, notons-le au passage, arrange bien les prédateurs de toutes sortes qui trouvent toujours contraignantes les lois qu’on leur oppose.J’ai donc ma Web attitude comme vous avez la vôtre, entre la tarte Tatin et la crème anglaise, mais la mienne est plus chocolatée: tout est affaire de digestion. Ma Web attitude, bien que plutôt légère, demande une consommation modérée avec toujours un adjuvant digestif à portée de main car point trop n’en faut, même si c’est parfois délicieux et que la gourmandise demanderait que l’on y revienne encore et encore… Enfin, je fais avec, même si certains dans mon entourage considèrent presque que c’est un vice. Pourtant, en dehors des repas, je m’efforce de rester normal et peu de gens, du moins je l’espère, souffrent vraiment de ma dépendance.»

Maurice Benayoun
artiste

La Web attitude, c’est quand plusieurs personnes tout autour du monde font ensemble bondir leurs doigts suffisamment vite sur le clavier afin d’éviter qu’ils ne restent collés à la toile préalablement recouverte d’une couche gluante signée Bill Gates.

Don Foresta
pionnier de l’art vidéo et multimédia, fondateur des
rencontres de Souillac
Si «la Web attitude» vient de Bill Gates, ça veut dire se comporter comme une araignée.

Bernard Vergnes
président de
Microsoft Europe
«Quand je lis Web Lifestyle je pense d’abord au positionnement marketing d’une partie du message de Microsoft :-)
Mais quand je lis la traduction française: la Web attitude, je ne peux m’empêcher de penser à ma fille qui vit à San Francisco et qui, naturellement vit là bas une web lifestyle. Son PC est toujours branché, fait partie de son environnement naturel. C’est son lien avec ses amis et la meilleure façon de prendre rendez-vous, c’est son guichet de banque, son contact avec ses commerçants, sa source d’information quotidienne et indispensable. On ne peut plus vivre en Californie aujourd’hui sans avoir une Web attitude.»

Pascale Cassagnau,
critique d’art, inspectrice de la création à la
Délégation aux Arts plastiques
La «Web attitude» fait écho pour moi à la «Rock and Roll attitude», c’est-à-dire à une culture des objets, des signes et des logos. L’expression évoque également un continent de langage vaguement science-fiction qui constitue l’espace-temps singulier de l’internaute, du surfeur. La «Web attitude», c’est enfin un ensemble de rituels le matin au réveil et l’expérience du silence, puisque le Web instaure une communication silencieuse…

Richard Stallman
président de la
Free Software Foundation, association de développement du logiciel libre
Désolé, je ne comprends pas la question. D’ailleurs je n’ai jamais auparavant entendu quelqu’un parler de «Web attitude», et je ne vois pas ce que cela peut signifier. A propos, avez-vous suivi le dossier sur les brevets concernant les logiciels? Je crois que c’est un problème autrement plus important.

Damien Bancal
webmestre de
Taz, le site consacré au hacking:
La Web attitude! C’est… C’est… Comment dire… Attends, je vais regarder sur le Web!

Pierre Lévy
philosophe, auteur de «Qu’est-ce que le virtuel?», aux éditions La Découverte

La Web attitude est un appétit de liberté. Le meilleur marché est forcément celui qui propose le plus de choix, celui qui offre aussi les meilleurs moyens de prendre connaissance des choix disponibles et de les comparer. C’est cet appétit de choix, cette attirance pour la liberté, qui a fait que les hommes se sont regroupés en sociétés de plus en plus nombreuses, au fur et à mesure que leurs progrès économiques le leur permettaient. Villages, villes, grandes métropoles… Ils voulaient être en relation les uns avec les autres, penser collectivement, plutôt que d’être en train d’arracher péniblement –ou paresseusement – de quoi manger à la nature. Alors ils se sont débrouillés pour inventer des métiers de plus en plus relationnels, intellectuels, immatériels, pour pouvoir aller où ils voulaient, là où il y a beaucoup d’autres êtres humains. Ils sont allés vers les villes et ont développé des activités urbaines. Maintenant, ils sont en train de se regrouper dans une immense ville virtuelle, là où il y a le plus de choix, là où l’on peut rencontrer tout le monde, là où se trouvent les meilleurs marchés, y compris et surtout les marchés de l’information, de la connaissance, de la relation et du divertissement. En conséquence, les métiers complètement virtuels commencent à proliférer: ils vont nous permettre d’habiter la grande ville planétaire. Le cyberespace est l’ultime métropole, la métropole mondiale, la ville des humains.

Georges-Albert Kisfaludi
enseignant en école d’art, initiateur des
rencontres de Souillac
Bill Gates en parlant de «Web attitude», n’est-il pas plutôt en train de circonscrire une «Web aptitude» castratrice?

Patrick Bloche
député PS de Paris

Pour tenter de définir ce que pourrait être pour moi la Web attitude, je ferais en réalité un parallèle avec le Pacs!! Car, comme pour le Pacs, que nous avons souhaité non communautariste mais global et unifiant, c’est à dire républicain, nous n’aurons rien à gagner d’une évolution sur Internet où les intérêts particuliers l’emporteraient sur l’intérêt général.

Stefana Broadbent
ergonome
Pour un ergonome, la Web attitude veut dire porter des millions de personnes à interagir avec un écran, et non pas à regarder un écran.

Pierre Bongiovanni
codirecteur du
CICV-Pierre Schaeffer, centre de création artistique
«Des hommes parleront à des hommes qui ne les entendront pas ; leurs yeux seront ouverts et ils ne verront pas, on leur parlera sans qu’ils répondent ; on implorera le pardon d’un qui a des oreilles et n’entend point ; on offrira des lumières à un aveugle et, avec de grandes clameurs, on invoquera le sourd.»
«Je ne sais que dire ni que faire ; j’ai l’impression que je nage, tête baissée, dans l’immense gueule, et que rendu méconnaissable par la mort, je suis enseveli dans le grand ventre.» «Les choses disjointes seront unies et acquerront par elles-mêmes une si grande vertu qu’elles restitueront aux hommes leur mémoire perdue…»
Ces trois citations sont extraites des «prophéties» de Léonard de Vinci, in les Carnets, collection TEL. L’original des Carnets de Léonard de Vinci appartient depuis peu à… Bill Gates!!! La boucle est bouclée…

Luc Martinez
musicien
des espaces partagés
La Web attitude? Tous les efforts qui contribueront à faire passer l’espèce humaine de la version Beta à la version 1.0, c’est à dire la possibilité de partager enfin autre chose que «Sexe, Nourriture et Territoire», ingrédients de base de toutes les guerres, mais aussi des «Sitcom» les mieux exportés…

Bruno Samper et toute l’équipe de Panoplie
site consacré à l’art
La Web attitude donc… c’est de se dire qu’on ferait mieux de prendre des vacances, tout en redoutant que les autres n’en prennent pas.

Vincent-Cyril Thomas, Mehdi Benjemia, Christophe Clément, organisateurs du Festival International du Film de l’Internet
La Web attitude
ça peut paraître absurde
c’est avant tout une habitude
un simple réflexe
Ce n’est pas un autre monde
c’est une nouvelle façon de réfléchir
C’est être citoyen ouvert sur le monde
avec sa fenêtre perso à dispo.
Miroir virtuel, utopie illusoire?
7ème ciel ou Trou noir?
Il y a ceux qui ont les œillères
et les visionnaires…
La Web attitude: «Think Different».

 

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