Microsoft, maison de vers
L'omniprésence et les failles de ses logiciels fragilisent l'Internet.

Par LAURENT MAURIAC

Le mardi 7 août 2001


 

Les virus attaquent

-Des virus informatiques de plus en plus virulents
-Microsoft, maison de vers
-«Nos serveurs ont rendu l'âme»
-Monoculture


«Dans toute écologie, le manque de diversité rend le système vulnérable.»
Bernard Lang, chercheur en informatique.

  Ils ont des petits noms charmants ou affolants: Melissa, I love you, Code rouge, Sircam ou Tchernobyl. Mais un point commun: leur prédilection pour les logiciels Microsoft. Qu'ils soient la cible ou le moyen de transport, ils font le bonheur des virus ou des vers informatiques. Et pour cause: le système d'exploitation Windows fait fonctionner neuf micro-ordinateurs sur dix. Si un concepteur de virus veut toucher du monde, il a tout intérêt à dresser ses créations contre les logiciels Microsoft. D'autant que ces derniers présentent de fréquentes failles en matière de sécurité, recherchées avec ferveur par les programmeurs de virus.

Ecologie. Les défenseurs de Linux, un logiciel concurrent de Windows, trouvent la situation alarmante. «Dans toute écologie, le manque de diversité rend le système vulnérable, observe Bernard Lang, directeur de recherche à l'Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique). Au XIXe siècle, la pomme de terre, qui fournissait l'essentiel de la nourriture des Irlandais, a été attaquée par un parasite, provoquant une famine terrible. Si on avait intercalé des champs de navets ou de betteraves, la maladie se serait propagée moins facilement.»

Pour Microsoft, la question de sa responsabilité n'a pas lieu de se poser. «Quand vous envoyez vos enfants à la crèche, ils attrapent des virus; vous n'y renoncez pas pour autant», explique Olivier Ezratty, directeur de la division développeurs de Microsoft France. «Si les consommateurs préfèrent utiliser les mêmes logiciels, c'est parce que ça leur simplifie la vie. Tout le monde prend l'autoroute du Sud, parce que c'est le moyen le plus simple pour aller au même endroit. Les virus, c'est comme les embouteillages.»

Défauts. Mais, selon Bernard Lang, «Microsoft a encouragé la diffusion des virus en ne prenant pas de précautions sérieuses pour blinder ses logiciels». De fait, beaucoup, à l'image d'I love you, se sont propagés en utilisant des fonctionnalités propres au logiciel de courrier électronique Outlook, notamment la possibilité de programmer l'envoi automatique à partir du carnet d'adresses de chaque destinataire.

«Les logiciels Microsoft ont deux défauts: ils sont très répandus et ils autorisent des contenus actifs», explique Nicolas Ruff, consultant en sécurité informatique à la société Edelweb. Les contenus actifs, c'est, par exemple, le déclenchement d'un programme depuis un e-mail en cliquant dessus, idéal pour transmettre un virus.

Sauvegarde. La nouvelle version d'Outlook rend l'opération impossible, assure-t-on chez l'éditeur de logiciels. «C'est efficace mais ça enquiquine les gens, qui sont désormais obligés de sauvegarder les fichiers sur le disque dur avant de les ouvrir, observe Olivier Ezratty (Microsoft France). Il y a une difficulté à concilier sécurité et facilité d'utilisation.» Mais, selon Nicolas Ruff, l'intégration croissante entre le système Windows et les autres logiciels Microsoft rend l'ensemble plus vulnérable. «On ne fait plus de frontière entre les applications, ce qui pose des problèmes croissants en terme de sécurité.»

Certains ont trouvé la solution: nationaliser Microsoft. Pour Jean-Paul Smets, un autre défenseur de Linux, «la relation entre la puissance publique et Microsoft fait abstraction des questions de sécurité publique». Or, relève-t-il, le préambule de la Constitution précise qu'un bien qui acquiert la nature d'un service public «doit devenir la propriété de la collectivité» l

 

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