Informatique et Liberté

Bernard Lang
INRIA - AFUL

Editorial publie' dans le magazine « Moniteur 92 » du CDDP des Hauts de Seine, N0. 35, Septembre 1999.

On ne présente plus Linux, le nouveau système d'exploitation des ordinateurs qui se répand dans le système éducatif comme dans le monde industriel. Il s'est imposé par son prix, peut-être, mais surtout par ses qualités de robustesse, de fonctionnalité, de performances, de sécurité, et bien d'autres.

Mais ce que nous apporte Linux est surtout une leçon, une leçon sur la liberté et sur l'art de s'en servir. Car Linux est un logiciel libre, qui est apparu avec un nouvel espace de liberté, l'Internet, un lieu planétaire de communication, d'échange, de collaboration et donc, inévitablement, de culture.

Un logiciel libre, techniquement, est un logiciel que tout un chacun peut librement utiliser, adapter, transformer et redistribuer. A la différence des logiciels «propriétaires», généralement commerciaux et sous étroite surveillance technique et policière, un logiciel libre peut évoluer rapidement en bénéficiant des contributions de toute la communauté de ses utilisateurs. Et sur une masse de centaines de milliers, voire de millions d'utilisateurs, coopérant à travers l'Internet, une proportion même très faible de contributeurs dépasse en compétence, en imagination et en capacité de production les possibilités de n'importe quelle organisation privée. Cela, c'est la force démocratique.

Un logiciel libre, c'est aussi un logiciel qui évolue en fonction des besoins de ses utilisateurs, et non de la stratégie commerciale d'intérêts privés. Et c'est un logiciel que tous peuvent librement utiliser, sans discrimination de ressource, ou autre. Pour paraphraser une formule connue : un logiciel libre est un logiciel appartenant a tous, réalisé par tous et pour tous.

Ce succès des logiciels libres tient essentiellement à la nature immatérielle du logiciel, qui ne coûte donc rien à dupliquer et peut être facilement véhiculé par l'internet. Or les enseignants sont des spécialistes de l'immatériel, tant par la matière première qu'ils utilisent, la connaissance, que par les outils qu'ils emploient, principalement des documents pédagogiques. En outre, ils représentent une communauté de centaines de milliers de collaborateurs potentiels.

Alors, pourquoi ne pas tenter de répéter pour la création de ressources pédagogiques ce qui à si bien réussi pour la création de logiciels. En mettant en commun expérience, compétence, documentation et réalisations, en acceptant et même en recherchant les apports des collègues à nos créations, et en leur laissant la liberté de les adapter à leurs besoins propres ou à leur vision, nous pouvons créer un espace de liberté où les contributions de chacun sont la richesse de tous.


Bernard Lang <Bernard.Lang@inria.fr> est directeur de recherche à l'INRIA, Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique, http://www.inria.fr.
Il est également secrétaire de l'AFUL, Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres, http://www.aful.org.