—
vu la communication de la Commission intitulée "i2010: Bibliothèques numériques" (COM(2005)0465
),
—
vu la recommandation 2006/585/CE de la Commission du 24 août 2006 sur
la numérisation et l'accessibilité en ligne du matériel culturel et la
conservation numérique(1)
,
—
vu les conclusions du Conseil sur la numérisation et l'accessibilité en
ligne du matériel culturel et sur la conservation numérique(2)
,
—
vu la directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 22
mai 2001 sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et
des droits voisins dans la société de l'information(3)
,
—
vu le rapport du groupe d'experts de haut niveau sur les droits
d'auteur, la préservation numérique, et les œuvres orphelines et
épuisées du 18 avril 2007,
—
vu la communication de la Commission intitulée "l'information
scientifique à l'ère numérique: accès, diffusion et préservation" (COM(2007)0056
),
—
vu l'article 45 de son règlement,
—
vu le rapport de la commission de la culture et de l'éducation (A6-0296/2007
),
A.
considérant que la culture est un facteur de rassemblement, d'échange
et de partage qui contribue à rapprocher l'Union européenne de ses
citoyens et à favoriser le renforcement et l'expression d'une véritable
identité européenne,
B.
considérant qu'il est nécessaire de garantir la promotion, la
sauvegarde et la diffusion la plus large possible de la richesse et de
la diversité du patrimoine culturel européen,
C.
considérant que les États membres et les institutions culturelles, en
particulier les bibliothèques, ont, aux niveaux tant national que
régional et local, un rôle décisif à jouer en la matière,
D.
considérant qu'il est nécessaire de prendre en compte le développement
rapide des nouvelles technologies et l'évolution des pratiques
culturelles qui en résulte,
E.
considérant, en effet, que l'internet est devenu pour un grand nombre
de citoyens, en particulier pour les jeunes, l'un des principaux moyens
d'accès à la connaissance et aux savoirs,
F.
considérant qu'il est primordial de garantir, dans cet environnement
numérique, l'accès de tous au patrimoine culturel européen, d'assurer
sa préservation pour les générations à venir et de constituer ainsi
notre mémoire collective,
G.
considérant que la numérisation à grande échelle et l'accessibilité en
ligne du patrimoine culturel européen constituent les principaux moyens
pour y parvenir,
H.
considérant que le patrimoine culturel européen reflète la diversité de
l'Europe et que, par conséquent, l'accès à ce patrimoine doit être
multilingue,
I.
considérant qu'il est nécessaire de mettre en place des politiques
cohérentes en matière de numérisation et de conservation des œuvres
numériques afin d'éviter la perte irrémédiable des contenus culturels,
dans le strict respect des droits d'auteur et des droits voisins,
J.
considérant que, au-delà de ses qualités culturelles intrinsèques, la
numérisation du patrimoine culturel européen bénéficiera aussi à
d'autres secteurs d'activités, en particulier à l'éducation, à la
science, à la recherche, au tourisme et aux médias,
K.
considérant que la numérisation massive des contenus culturels n'a pas
pour objectif de remplacer ou de concurrencer les contenus culturels
traditionnels, mais de produire parallèlement à ces derniers des
contenus numériques fiables et de qualité,
L.
considérant que la technologie numérique constitue, en outre, un
remarquable outil au service des personnes handicapées qui permet
d'adapter les contenus à leurs besoins,
M.
considérant, néanmoins, qu'une infime partie seulement du patrimoine
culturel européen est à ce jour numérisée et que les États membres
avancent à des rythmes très différents,
N.
considérant que les financements publics alloués à la numérisation de
masse sont insuffisants pour répondre à un projet de cette envergure,
O.
considérant que les initiatives de numérisation demeurent très
fragmentées et que la plupart des expériences déjà acquises au niveau
communautaire sont encore méconnues et ne fournissent pas un accès
simple, direct et multilingue à l'ensemble des œuvres composant le
patrimoine culturel européen,
P.
considérant qu'il est nécessaire de mettre en place un outil "tous
publics" qui garantira l'accès universel et immédiat au patrimoine
culturel européen, sans la moindre contrainte de déplacement, et
favorisera l'accélération de la numérisation,
Q.
considérant, à cet égard, qu'il convient de s'appuyer sur des
initiatives européennes existantes qui contribueront au développement
initial de la bibliothèque numérique européenne, telles que la TEL (La
Bibliothèque européenne) qui offre déjà un accès aux documents des
collections de bibliothèques nationales européennes et permet notamment
d'effectuer des recherches à travers les ressources, numériques ou
bibliographiques, de vingt-trois des quarante-sept bibliothèques
nationales, le projet TEL-ME-MOR, tendant à favoriser l'intégration des
dix bibliothèques nationales des nouveaux États membres, le projet
EDL, visant à intégrer neuf autres bibliothèques nationales dans le
cadre UE/AELE, et Europeana, qui réunit les bibliothèques
nationales de France, de Hongrie et du Portugal,
La bibliothèque numérique européenne, visage de l'Europe unie dans sa diversité
1.
recommande la mise en place, par étapes, d'une
bibliothèque numérique européenne, sous la forme
d'un point d'accès unique,
direct et multilingue au patrimoine culturel européen;
2.
souligne que, si l'objectif est de parvenir à terme à la mise en place
d'un outil couvrant toutes les catégories de matériel culturel, tels
les contenus audiovisuels, la bibliothèque numérique européenne doit se
concentrer, dans un premier temps, sur le potentiel offert par le
matériel textuel et libre de droits;
3.
invite à cette fin l'ensemble des bibliothèques européennes à mettre à
disposition de la bibliothèque numérique européenne les œuvres libres
de droits dont elles disposent déjà sous forme numérique;
4.
invite les universités européennes et les autres établissements
d'enseignement supérieur à permettre l'accès aux thèses de doctorat et
aux autres travaux scientifiques portant sur des thèmes et des matières
liés au patrimoine culturel européen, selon des conditions à définir et
dans le plein respect des droits d'auteur,
5.
invite les autres institutions culturelles européennes, y compris
régionales et locales, à participer à ce projet afin qu'il soit
représentatif de la richesse et de la diversité de la culture
européenne; exhorte, en outre, les musées à numériser leurs archives,
pour qu'elles puissent être intégrées dans ce projet;
6.
souligne par ailleurs que la bibliothèque numérique européenne n'a pas
pour objet la diffusion exclusive des contenus, mais la coordination de
l'accès aux œuvres numérisées;
7.
encourage le choix et l'utilisation de normes communes, sur la base de
formats existants et adaptés, afin d'assurer l'interopérabilité des
contenus, nécessaire au bon fonctionnement de la bibliothèque numérique
européenne, en adoptant progressivement des langages de métadonnées
stabilisés (Dublin Core, etc.);
8.
encourage les États membres à poursuivre leurs efforts et à accélérer
le rythme de numérisation des contenus culturels pour parvenir à une
masse suffisante de contenus;
9.
encourage à cet effet les États membres à élaborer, en concertation
avec les institutions culturelles, des plans de numérisation au niveau
national ou régional, afin d'établir une cartographie européenne de
toutes les activités de numérisation et permettre ainsi des synergies,
en veillant toujours à éviter la duplication des efforts et des
dépenses réalisés par de nombreuses institutions publiques et privées
pour la numérisation de leurs fonds, étant entendu qu'il est
indispensable d'inventorier, par type d'institution, les travaux déjà
effectués;
10.
encourage une coopération étroite entre les États membres et les
institutions culturelles, ainsi qu'un échange de bonnes pratiques pour
la numérisation et l'accessibilité des œuvres de même que pour leur
conservation numérique;
11.
souligne, en outre, que la bibliothèque numérique européenne favorisera
la recherche dans les domaines de la numérisation, de
l'interopérabilité et de la conservation numérique, notamment par le
biais de centres de compétence mis en place par la Commission, puisque
la bibliothèque numérique européenne ne peut
devenir réalité sans une forte composante de recherche et
développement;
12.
souligne qu'il est nécessaire de soutenir l'innovation et la recherche dans le champ du multilinguisme;
13.
rappelle que, si les programmes communautaires ne permettent pas de
financer la numérisation en tant que telle, il est nécessaire de
développer de nouveaux modes de financement, y compris en partenariat
avec le secteur privé, tout en évitant autant que possible une
numérisation à plusieurs vitesses entre les États membres;
Structure
et contenu de la bibliothèque numérique européenne - Un point d'accès
multilingue commun au patrimoine culturel européen
14.
encourage la mise en place d'une interface commune donnant accès à un
contenu dont la qualité et la fiabilité seraient garanties, et ce, via
un moteur de recherche intégré qui constitue un outil de recherche sur
les méta-informations et de recherche directe sur le texte dans le cas
de documents numérisés en mode texte;
15.
souligne l'importance de parvenir à une interface multilingue
permettant d'accéder directement aux contenus recherchés dans toutes
les langues de l'Union européenne de façon à assurer, outre la
recherche habituelle par auteur ou par titre, la recherche par sujet ou
par mot clé, auquel cas les résultats devront intégrer les données
relatives à toutes les bibliothèques partenaires et dans toutes les
langues du catalogue;
16.
incite, de plus, à la mise en place de fonctionnalités
innovantes, modernes et adaptées à tous les visiteurs;
17.
souligne l'intérêt que la bibliothèque numérique européenne soit conçue
et organisée à partir d'un ensemble de ressources et de capacités
techniques propres à faciliter la création, la recherche et
l'utilisation de l'information et ne se résume pas à un catalogue
numérisé des œuvres européennes;
18.
précise, par ailleurs, qu'il serait souhaitable de ne pas limiter le
patrimoine culturel européen à l'ensemble des œuvres propres à l'Union
européenne, mais de prendre en compte également l'apport culturel
d'autres pays européens;
19.
précise en outre que, si le patrimoine culturel européen se compose
pour une large part d'œuvres relevant du domaine public, il ne se
limite pas à cette seule catégorie;
20.
rappelle, de ce fait, qu'il convient de distinguer les œuvres relevant
du domaine public et les œuvres sous droits, y compris les œuvres
orphelines et les œuvres épuisées, et de prévoir des modèles différents
pour chacune d'elles et adaptés à chaque secteur d'activité;
21.
approuve la mise en place du groupe d'experts de haut niveau précité et
soutient notamment ses propositions visant à répertorier les œuvres
orphelines et épuisées et à élaborer des mécanismes facilitant la
recherche des ayants droit;
22.
souligne que les propositions formulées par le groupe d'experts de haut
niveau dans son premier rapport concernent principalement le secteur de
l'édition de livres, et que leur extension à d'autres secteurs devra
être décidée en concertation avec leurs représentants;
23.
indique qu'il serait souhaitable, dans un second temps, que la
bibliothèque numérique européenne puisse proposer, si possible, aux
côtés des documents libres de droits, des documents soumis aux droits
d'auteur, dans le strict respect des législations nationales,
communautaires et internationales relatives à la propriété
intellectuelle;
24.
souligne que toute décision en ce sens devra être prise en
collaboration avec tous les acteurs concernés, en particulier les
auteurs, les éditeurs et les libraires;
25.
propose que, à partir de la bibliothèque numérique européenne,
l'utilisateur puisse localiser les documents numérisés, en mode image
et en mode texte, quelle que soit leur nature et les consulter
librement, soit intégralement pour les œuvres libres de droits, soit
sous forme de courts extraits pour les œuvres protégées, avec l'accord
des ayants droit;
26.
propose de prévoir la possibilité de feuilleter virtuellement l'ouvrage
sous droits via des sites spécialisés fournissant les garanties de
sécurisation requises par les ayants droit;
27.
propose, dans ce dernier cas, que la bibliothèque
numérique européenne se comporte en simple vecteur de
l'information;
28.
indique que l'accès à l'intégralité de tout document protégé pourrait
s'effectuer à partir de sites spécialisés en accord avec les ayants
droit et moyennant, en contrepartie, une juste rémunération;
Gestion et suivi
29.
appelle à la constitution d'un comité directeur, au sein duquel les
institutions culturelles joueraient un rôle majeur, qui délimiterait
les priorités et les orientations à donner à la bibliothèque numérique
européenne tout en assurant la coordination, la gestion et le suivi de
ses activités;
30.
incite à la coordination des groupes mis en place par la Commission,
notamment le groupe d'experts des États membres sur la numérisation et
la conservation numérique et le groupe d'experts de haut niveau
précité, afin de parvenir à une véritable synergie au niveau européen;
31.
suggère la création, au niveau européen, d'un organisme de
coordination, équivalent à la TEL, pour les fonds des archives et
musées nationaux qui génèrent des éléments numérisés de toute nature
liés au patrimoine culturel européen, à des fins d'intégration au
système de recherche de la bibliothèque numérique européenne;
32.
souligne par ailleurs que, intégrée de manière cohérente au niveau des
systèmes d'éducation, la bibliothèque numérique européenne permettra
d'atteindre plus facilement les jeunes européens et pourra les
rapprocher de leur patrimoine culturel et littéraire, tout en les
formant aux nouvelles technologies et en luttant contre la fracture
numérique;
33.
estime indispensable d'intensifier les échanges d'expériences et de
bonnes pratiques avec d'autres institutions européennes, comme la
Commission européenne sur la conservation et l'accès, avec des
institutions de pays tiers, telle la bibliothèque du Congrès des
États-Unis, avec des associations internationales, comme la Fédération
internationale des associations de bibliothécaires et des
bibliothèques, avec des organisations publiques ou privées, tel
l'Online Computer Library Center et d'autres, en s'efforçant autant que
possible d'utiliser des logiciels et des solutions déjà mis à l'épreuve
et opérationnels;
34.
encourage la promotion, la visibilité et l'accès de la bibliothèque
numérique européenne, par une communication étendue à tous les niveaux
et par la création d'un logo permettant de l'identifier;
35.
recommande à ce titre qu'une part des ressources destinées à la
bibliothèque numérique européenne soit consacrée à sa promotion auprès
du plus vaste public possible;
o
o o
36.
charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil
et à la Commission ainsi qu'aux gouvernements et aux parlements des
États membres.